Interview

  1. Wealth Art Magazine : Vous avez découvert votre vocation à l’âge de 12 ans après une visite au Musée Gustave Moreau. Pouvez-vous nous raconter ce moment décisif qui vous a conduit vers la peinture ?
    Louis Mauro : Je me souviens clairement être rentrée dans la salle principale qui a été son atelier et avoir été submergé par les peintures qui vous entourent et qui sont accrochées jusqu’au plafond. A cet âge, pour moi, la peinture était quelque chose d’ennuyeux qu’on ne trouvait que dans de grands musées et être confronté à quelque chose de si radicalement différent m’a montré qu’un autrement été possible.
  2. Wealth Art Magazine : Votre parcours académique associe les Beaux-Arts, l’Histoire de l’Art et la chimie des matériaux. Comment ces différentes disciplines nourrissent-elles votre pratique artistique aujourd’hui ?
    Louis Mauro : L’étude de ces différentes disciplines m’a permis d’avoir une approche que je qualifierai de totale dans ma pratique de la peinture à l’huile. Grâce à elles j’ai pu constituer un corpus de références picturales et aussi comprendre, grâce à la chimie, comment ces idées étaient incarnées dans la matière de la peinture.
  3. Wealth Art Magazine : Après vos études à l’University College of London puis à Paris à la Sorbonne, quelles ont été les principales influences intellectuelles et artistiques qui ont façonné votre vision ?
    Louis Mauro : J’ai particulièrement été sensibilisé, après mes études à la Sorbonne, à la peinture vénitienne du XVIème siècle et je continue de trouver dans cette dernière une source inépuisable d’inspiration. Que ce soit dans le choix des sujets, mais surtout dans le traitement de la couleur qui est si caractéristique de ce temps et de ce lieu.
  4. Wealth Art Magazine : Depuis 2024, vous développez une série de grandes oeuvres inspirées par les peintures de Vanités. Qu’est-ce qui vous attire particulièrement dans ce genre artistique et sa réinterprétation contemporaine ?
    Louis Mauro : Tout d’abord, la peinture de Vanités n’est qu’une partie et non pas un tout dans ma peinture. C’est la recherche de thématiques ésotériques évoquant des questionnements allant au-delà du réel qui m’a poussé à m’y intéresser. Maintenant je pense que ce genre de peinture a eu sa place à toutes les époques et qu’elle n’a cessé de se réinventer. Interpréter la peinture de Vanités au présent c’est avant tout comprendre ce qui est vain et futile dans notre époque et cela ne passe plus par la simple représentation d’un crâne, mais à mon sens, par l’évocation de questions mettant en cause le réel et le rêve.
  5. Wealth Art Magazine : Vos recherches semblent établir un dialogue entre les maîtres anciens, de Dürer à nos jours. Comment conciliez-vous héritage historique et création contemporaine ?
    Louis Mauro : C’est quelque chose d’assez simple à concilier, car en réalité près d’un siècle et demi de psychanalyse nous a montré que le passé habitait fortement le présent. La création contemporaine ne s’appuie pas sur le néant et si elle en est là est c’est bien parce que des millénaires de créations artistiques la précède. C’est par ailleurs ce dialogue permanant entre passé et présent que j’exprime dans ma peinture, quand je peins un modèle ou un sujet classique de l’Histoire de l’Art, je ne cherche pas à me l’approprier jalousement, mais je pose au passé les questions du présent.
  6. Wealth Art Magazine : La spiritualité occupe une place importante dans votre travail, notamment à travers l’influence de la Divine Comédie de Dante. Comment cette œuvre nourri telle votre imaginaire pictural ?
    Louis Mauro : La force de Dante dans son livre est directement lié à la polysémie de son récit ainsi qu’à son caractère éminemment philosophique. L’enfer et le paradis ne sont pas des lieux physiques mais des lieux de l’esprit et c’est cette capacité à décrire le spirituel par la métaphore et l’analogie qui m’inspire.
  7. Wealth Art Magazine : Les artistes romantiques semblent également inspirer votre démarche. Quels aspects du Romantisme résonnent le plus profondément avec votre pratique artistique ?
    Louis Mauro : Le Romantisme m’inspire par son émotion brute et son lyrisme intime. J’y retrouve l’exaltation des sentiments extrêmes comme la mélancolie, la passion, la révolte qui nourrissent ma création. Enfin, l’imagination débridée, la quête de l’infini et du sublime que l’on retrouve dans les gravures fantastiques de ce siècle.
  8. Wealth Art Magazine : L’une des particularités de votre travail réside dans la fabrication de
    vos propres pigments. Qu’est-ce qui vous a poussé à entreprendre cette démarche rare et exigeante ? Louis Mauro : C’est venu du désir de comprendre comment était faite la peinture que j’employais, et plus je me renseignais, plus je me rendais compte que cela était à ma portée. De plus, cela me permet de fabriquer et d’employer des couleurs qui sont tombées en désuétude au cours des siècles et donc de créer une palette originale qui se démarque des usages convenus de l’art contemporain. De plus, j’éprouve une grande satisfaction quand je regarde un tableau achevé en me disant que j’ai tout fabriqué moi-même, du gesso au vernis en passant par les couleurs et les liants.
  9. Wealth Art Magazine : Votre connaissance des techniques traditionnelles et de la chimie contemporaine joue un rôle essentiel dans votre processus créatif. Comment cette alliance entre science et art enrichit-elle vos oeuvres ?
    Louis Mauro : Ça me permet de penser l’oeuvre dans sa totalité, de faire varier chaque paramètre pour obtenir un résultat souhaité. On ne pense pas la composition, le dessin, la couleur de la même manière si on se contente d’appliquer des couleurs sorties du tube ou si la peinture et le liant qu’on utilise ont été préparé et raffiné pendant plusieurs semaines. Finalement, grâce à cela je suis certains que mes peintures dureront dans le temps et ne tomberont pas en morceau de mon vivant car la durée de vie de matériaux industriels est bien moindre que ceux qui ont été éprouvés par des siècles de pratique.
  10. Wealth Art Magazine : À travers vos recherches sur le surréalisme, la spiritualité et la matière, quel message ou quelle réflexion souhaitez-vous transmettre au public contemporain ?
    Louis Mauro : Je souhaite avant tout dire que l’art figuratif a encore de beaux jours devant lui et qu’il est même possible de faire une nouvelle peinture qui sort des poncifs de l’art contemporain. Je souhaite aussi montrer que la peinture n’est pas une idée indéfinie flottante dans le vide ou pire une série de concepts artificiels, mais bien quelque chose de présent, une oeuvre dans laquelle l’esprit s’incarne dans la matière.
    Conclusion
    Wealth Art Magazine : Si vous pouviez résumer votre démarche artistique en une seule phrase, quelle serait-elle ?
    Louis Mauro : Mettre en lumière la frontière entre le visible et l’invisible.

Interview — Wealth Art Magazine
Louis Mauro